Donatien Alphonse François de Sade naît en 1740 dans une famille de la haute noblesse française. Sa vie est marquée par une succession de scandales, procès et emprisonnements — près de trente ans passés en prison ou en asile, sous l'Ancien Régime comme sous la Révolution et l'Empire. C'est en détention qu'il rédige l'essentiel de son œuvre, dont une partie ne sera publiée que plusieurs décennies, voire plus d'un siècle, après sa mort.
L'œuvre de Sade comprend des romans (Justine, Aline et Valcour), des dialogues philosophiques (La Philosophie dans le boudoir) et des textes d'une radicalité extrême comme Les 120 journées de Sodome, rédigé à la Bastille et redécouvert seulement au XXe siècle. L'ensemble constitue une œuvre à la fois littéraire et philosophique, indissociable de son projet de critique radicale de la morale établie.
Au-delà de la provocation, Sade développe une philosophie matérialiste héritière des Lumières les plus radicales, niant toute transcendance et fondant la morale sur la seule nature. Cette dimension philosophique explique l'intérêt qu'ont porté à son œuvre des penseurs du XXe siècle bien au-delà du cercle littéraire.
Longtemps interdite et censurée, l'œuvre de Sade est redécouverte par les surréalistes, qui y voient une préfiguration de leur propre projet de libération de l'inconscient. Apollinaire contribue à cette réhabilitation en éditant certains de ses textes au début du XXe siècle. Plus tard, des philosophes comme Michel Foucault et Roland Barthes en proposent une lecture critique qui l'installe durablement dans le champ des études littéraires et philosophiques françaises.